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lundi 31 janvier 2011

espèces d'espaces, de G., avec bémol couleur

"L'espace de notre vie n'est ni continu, ni infini, ni homogène, ni isotrope [du moins pour ce que nous pouvons en percevoir, quels que soient nos moyens -NDLR]. Mais sait-on précisément où il se brise, où il se courbe, où il se déconnecte et où il se rassemble ? On sent confusément des fissures, des hiatus, des points de friction, on a parfois la vague impression que ça se coince quelque part, ou que ça éclate, ou que ça cogne. Nous cherchons rarement à en savoir davantage et le plus souvent nous passons d'un endroit à l'autre, d'un espace à l'autre sans songer à mesurer, à prendre en compte ces laps d'espace. Le problème n'est pas d'inventer l'espace, encore moins de le ré-inventer (trop de gens bien intentionnés sont là aujourd'hui pour penser notre environnement...) mais de l'interroger, ou, plus simplement encore, de le lire ; car ce que nous appelons quotidienneté n'est pas évidence mais opacité : une forme de cécité, une manière d'anesthésie. " ... ou d'engourdissement. [Espèces d'espaces, de Georges Perec. - Galilée 1974]




"Les choses n'existent pas, les choses
sont.
En fait, il serait peut-être dharmiquement correct de dire : les choses
est. Ce n'est peut-être pas très grammatical, mais les choses est. C'est l'énorme clarté de la non-existence."

jeudi 30 décembre 2010

de cette sensation d'engourdissement

"Peut-être le monde nous intéressait-il lorsque nous étions enfants, mais nos parents nous ont appris comment nous y prendre. Ils avaient déjà mis au point un système pour vivre dans le monde et s'en protéger à la fois. À mesure que nous avons accepté le système nous avons perdu contact avec le monde. Nous avons perdu, il y a bien longtemps, la fraîcheur et la curiosité propres à l'enfance. Et maintenant, même si le monde est rempli d'une foule de choses, nous nous rendons compte que notre façon d'entrer en communication avec lui est quelque peu figée. La vue, l'ouïe, tous nos sens sont engourdis. Un peu comme si nous avions été drogués. La réalité du monde — l'éclat du rouge, la lumière du turquoise, la majesté du jaune et la force superbe du vert — n' a pas été vue comme il faut. Nous avons été endoctrinés ou nous nous sommes endoctrinés nous-mêmes. Cela a produit un engourdissement et, par conséquent, on ne perçoit pas le monde correctement."