jeudi 30 juillet 2015

énigmatiques notes

Parfois j'ouvre un vieux carnet et je relis des notes jetées à la volée. Je ne me souviens plus ce que je pensais pouvoir écrire à l'aide de ces quelques mots. Mais je sens qu'il y avait un bel enthousiasme, un élan certain vers un texte.

Ainsi, dans celui que j'ouvris ce matin :

Recouverte
la petite poule
ciel gris de pluie
terre recouverte
(rêve de la poule)




mardi 16 juin 2015

s'apercevoir


Le bonheur consiste à s'apercevoir que tout est un grand rêve étrange.

Jack Kerouac : Le vagabond solitaire . Gallimard,1969.




- aéroport de Venise, juin 2015 -


samedi 14 février 2015

sous nos yeux




Les aspects des choses les plus importants pour nous sont cachés en vertu de leur simplicité et de leur familiarité. (Nous sommes incapables de remarquer ce qui est toujours sous nos yeux). L'homme n'est nullement frappé par les fondements réels de sa recherche. 
[Wittgenstein, cité par Jon Kabat-Zin in L'éveil des sens. Les Arènes, 2014]

mardi 23 septembre 2014

dans un vieux carnet, un bout de texte

*
Je suis allée chercher le mot amour dans le vieux dictionnaire sur l'étagère du bas du bureau abandonné. Il était coincé entre le mot amortissement et le mot amovible, il respirait à peine. Je lui ai dit, mais si, sors donc faire un tour, dehors, je vais te présenter du monde. Tiens voilà déjà quelqu'un qui te lit : amour.



lundi 1 septembre 2014

phénomène de symbiose



Vous retrouvez une jolie boite ronde au fond d'un placard : à première vue, rien d'intéressant dedans. Nous allons donc ranger ou jeter ces menus objets, et récupérer cette boîte pour un usage utile. Mais au moment de procéder, le sortilège agit : vous voici incapable de choisir quel objet jeter, ni de les séparer les uns des autres, ni même de les rangers ailleurs. La boîte traine deux ou trois jours sur la table, puis vous décidez de la replacer au fond du placard, lieu avec lequel elle est aussi en parfaite symbiose.








dimanche 31 août 2014

qui regarde qui ? (épisode 2)

A des milliers de kilomètres de l'Antarctique, nonchalemment installé sur un moelleux canapé garni de coussins douillets, un chat jetait un oeil distrait sur le documentaire télévisuel consacré aux manchots. Le volumineux matou, constitué pour moitié au moins de poils longs qui se dispersaient aux quatre vents de l'appartement, s'étira, fit le dos rond, et changea de côté, tournant désormais le dos aux manchots. On était lundi, la femme de ménage n'allait pas tarder à arriver [source photo]




jeudi 21 août 2014



"Il est parfaitement concevable que la splendeur de la vie s'offre à chacun de nous et toujours dans sa plénitude, mais de manière voilée, enfouie, invisible, très distante. Pourtant, elle est là, ni hostile, ni malveillante, ni sourde. Qu'on l'invoque seulement en prononçant le mot juste, le nom juste, et elle viendra.
Telle est l'essence de la magie, qui ne crée pas mais invoque." [Franz Kafka : Journal, 1921]









mercredi 30 juillet 2014

qui regarde qui ? (épisode 1)

Serrés les uns contre les autres sur la banquise étincelante, des centaines de manchots attendaient que le léopard des mers s'éloignât du rivage. Coincé contre une paroi de glace, l'un d'entre eux s'inquiétait au sujet de sa compagne (relation récente issue d'une rencontre alors qu'il s'était aventuré dans un coin éloigné de ses bases habituelles) dont il avait été séparé lors du mouvement de panique qu'avait provoqué l'arrivée du sanguinaire prédateur. Le groupe compact de manchots immobiles était parcouru d'une onde électrique chaque fois que la tête du léopard des mers émergeait de l'eau. Même ceux qui étaient les plus éloignés du rivage et qui ne voyaient rien savaient pertinemment quand le léopard manifestait sa présence.


mercredi 9 juillet 2014



Un objet, après tout, est ce qui rend l'infini intime.
[Joseph Brodsky : Acqua alta. Gallimard. Photo via]