dimanche 4 septembre 2016

deux hommes sérieux se comprennent

En 1908, Kenneth Grahame (photo de droite) quitte son poste de secrétaire à la Banque d'Angleterre et retourne dans le Berkshire, sur les bords de la Tamise, où il a passé son enfance. Il se met alors à écrire des histoires de crapauds, de rats, de taupes, de blaireaux, de vent, d'eau, de soleil et de fantaisie, publiées sous le titre The wind in the willows (Le vent dans les saules). Le tout autant sérieux président américain Theodore Roosevelt (photo de gauche) écrit en 1909 à K. Grahame « qu'il l'a [le roman] lu et relu, et en est arrivé à considérer les personnages comme de vieux amis ». [source wikipedia]

mardi 5 juillet 2016

présence inconnue


Lorsque j'arrive dans mon entreprise, j'allume mon ordinateur lequel allume mon téléphone. Celui-ci cherche un peu puis - avant d'indiquer que je suis disponible ou en réunion -, durant deux ou trois secondes il affiche ce commentaire sous mon nom : présence inconnue. Il a l'air étonné, décontenancé. Il sent bien qu'il y a quelqu'un... il a trouvé mon nom, mais au fond qui suis-je ? Il n'a pas encore connecté ses fichiers. Mais qui est cette présence ? Moi-même je m'interroge. De petites secondes de liberté, un moment de grâce.

lundi 13 juin 2016

une miette de pain

En tant qu'aimable clientèle, pour des raisons d'hygiène j'étais, par le biais d'une affichette, priée de m'abstenir de nourrir les oiseaux. Avoir un rapport hygiénique aux oiseaux me semblait la dernière chose à faire au monde. Ce moineau en convint aussi, qui vint sautiller sur la table du café de la gare où j'attendais un hygiénique train. Une miette de pain s'égara vers lui. Le vigile à ce moment-là cessa d'être vigilant : il avait regardé l'oiseau, rit de l'obligation de suspicion pour laquelle il était rémunéré. Tout n'était pas perdu.



jeudi 12 mai 2016

Oh merci !


Le chat a disparu, quelques heures, et cela a suffi à affoler sa maîtresse, car c'était l’heure du thon, celle de la gourmandise savourée à la tombée de la nuit, le rendez-vous jamais manqué ! Or point de Mimmo. Les heures passent, la nuit s’épaissit. Elle fume sur le canapé en consumant de noires idées, et soudain ce bruit dans l'obscurité... le museau rose, et tout le chat noir et blanc arrive en trottinant, bien vivant. Oh merci ! 
A qui dire merci ? De bon matin, elle pense allumer une bougie dans l’église de la rue pavée : il y a là des statues qui veillent et se réchauffent à leurs petites flammes, mais voilà, la porte de l’édifice est fermée — on est prié de ne pas prier si tôt —, elle poursuit sa route avec sa gratitude sous le bras. Comment remercier ? 
Un rouge-gorge la précède et ouvre son chemin. Elle le suit des yeux qui disparaît dans la haute frondaison d’un platane quand soudain, qui la fait sursauter, une voix retentit juste à côté : — Pardon madame…  Elle se retourne, et se présente un homme qui manifestement, au vu de ses vêtements mal en point, est dans la panade. — Vous n’auriez pas quelques centimes pour moi ? De belles pièce brillaient dans son porte-monnaie, qu'elle lui donna sans hésiter. Ainsi la gratitude partagée fut moins lourde à porter.


mercredi 6 avril 2016






D’où ça vient, tout ? 
Où naissent nos pensées ? 
D’où vient tout ce qui se présente à nous ? 

Ce matin, en marchant, l’horizon dégagé et légèrement courbe me donna 
la sensation d’être réellement sur une sphère au milieu de l’espace, 
et tout se découpa avec précision et netteté : 
les arbres, les voitures, les nuages, mes pieds sur le bitume net et précis. 
Et pourtant, quel immense brouillard… et pourtant tant de précision.





samedi 2 avril 2016

origine de la joie



Je ne sais pourquoi la vue de la couverture de ce livre, exposée en majesté sur une étagère de ma bibliothèque, suffit à me mettre en joie. Pas une petite joie de surface, pas un amusement passager, non, une vraie joie profonde. Peut-être vient-elle des profondeurs de l'enfance, du temps où je fréquentais de vrais animaux en chaussettes ?



lundi 28 mars 2016

ramasser les feuilles

Dans la rue, j’ai vu un homme, caparaçonné et armé, en guerre contre les feuilles mortes : c’était bruyant et triste aussi. Je me souviens qu’enfant, dans le jardin, avec un grand râteau je ramassais les feuilles tombées du cerisier. Elles formaient un chaleureux tas, invitant à une nouvelle dispersion. Quand je ne cédais pas à cet appel, j’attrapais des brassées de feuilles odorantes et craquantes, légères comme plumes, que j’enfournais dans un grand sac. L’herbe verte et humide réapparaissait, mais il flottait alors dans le jardin une légère tristesse. Nous regrettions un peu les feuilles, n’est-ce pas ?




jeudi 24 mars 2016

ce genre d'objet

Je suis à la recherche d'un petit objet qui a disparu d'une de mes étagères de bibliothèque. C'est un volume de verre rectangulaire de très petite taille contenant un bonhomme japonais. Le derviche, l'âne, la grenouille, pas plus que l'homme jaune au coeur rouge ou la russe, ne pipent mot à ce sujet. Ils savent qu'un voyage de temps à autre est agréable, ou qu'on a parfois la nostalgie du pays, tout petit objet qu'on soit.




lundi 7 mars 2016

un doux balancement


Voilà plusieurs jours qu’Henry a quitté sa maison, et qu’il marche dans cette forêt du vaste pays américain. Il aime marcher, arpenter les terres dans le mouvement des jours et de leur lumière qui semble, elle aussi, de l’aube au crépuscule, avancer pas à pas. Lui et le jour se tiennent la main, dans un doux balancement, une étreinte parfois si tendre que l’homme a l’impression d’avoir la joue posée sur celle du jour. [Début d'Un peu de poussière, paru dans Le paresseux n°33]


vendredi 5 février 2016

complet mystère de la langue

je suis fugitivement aimante du mot chouchou et chouchou me rend fugitivement aimante de tout ce qu'il touche. Des cygnes passent dans le ciel : chouchous. Un lampadaire qui s'allume dans la nuit bleue : chouchou. Un vieil homme entre dans le magasin : chouchou. Est-ce le mot qui fait naître la tendresse ou la tendresse le mot ? Les deux mon capitaine ! Capitaine chouchou.