mercredi 31 mars 2010


Il faudrait pouvoir mettre, en vis-à-vis, des spectateurs adultes devant un film déployant de grands effets spéciaux pour comparer les émotions, les visages et leurs expressions. Je crains qu’elles n’arrivent pas à la cheville de celles de ces enfants en empathie avec Guignol, ses volées de bois et morceaux de chiffon. Il y a, en quelque sorte au fil des ans, déperdition… ah non, pardon, cela s’appelle la raison et cela est fort louable. Combien la location ?

lundi 29 mars 2010

scier la vieille branche sur laquelle on est assis

Les gorilles pourraient avoir disparu d'ici une quinzaine d'années si rien n'est fait pour les protéger du braconnage et du trafic illégal, et pour enrayer la dégradation de leur habitat. (Le Monde du 26 mars 2010). Difficile de tordre le coup à cette réalité-là par une pirouette poétique ou drôlatique, en mélangeant les mots, pouf pouf, on recommence. À tant d'autres réalités, également, mais je ne sais pourquoi, cette disparition de nos cousins sent le roussi pour nous. La minute n'est plus à la rigolade, ni à la rigoletterie (joli mot déposé dans un commentaire sur ce blog). Demain, peut-être, on rira encore.

vendredi 26 mars 2010

chômage chez les chiens aussi

Je ne sais pas exactement si les chiens appréciaient ce petit job de derrière les fagots, ou plutôt de devant la charrette, mais toujours est-il qu'ils n'ont plus grand chose à faire de nos jours les chiens, à part chien de policier à ma connaissance : une carrière à défaut de cariole. Combien de petits métiers à l'allure pépère perdus ! En cas de stress, il suffisait de caresser le museau de son coéquipier pour se sentir régéneré, ce qui ne doit guère se pratiquer entre traders.

mercredi 24 mars 2010

une phrase tournesol

Dans les livres, il y a parfois de ces petits bouts de phrases sur lesquels on tombe à l’improviste et qu’on a envie d’essaimer tant ils semblent nous orienter vers le soleil. Ainsi, faire en sorte qu’autrui soit toujours celui que nous avons à découvrir serait en quelque sorte à apprendre par cœur, un humus pour une humeur au terreau fertilisant. Pourquoi n’apprend-on pas dès le plus jeune âge ce qui, bien plus qu’une morale, est une enthousiasmante invitation à un bienvaillant respect de l'autre ? Tant il est vrai que nous sommes nous mêmes déjà celui ou celle que nous avons à découvrir.
Celui que nous avons à découvrir est un petit bout de phrase extrait d'En cas d'amour, d'Anne Dufourmantelle (Payot)

mardi 23 mars 2010

des courses au supermusée

Les courses au supermarché vous ennuient au plus haut point ? Voici une petite astuce digne des éditions Marabout : imaginez que vous êtes, en réalité, dans un musée : musée de la conserve, musée du yaourt, musée des surgelés, musée de la viande, musée des bouteilles... Cela a un autre avantage : vous achèterez moins, car vous culpabiliserez d’attenter à si formidable exposition et scénographie si extra. Entrée gratuite.

jeudi 18 mars 2010

tout cela bruisse infiniment

C’est ainsi que l'homme vivait aux temps de la médecine antique, les tripes à l'air, brassé par des humeurs, relié aux quatre éléments de l’air, de la terre, de l’eau et du feu, entouré de mots et de phrases, comme en témoigne ce document photographique de l’époque. Comme ce devait être bon d’être homme à cette époque ! On devait se sentir des choses universelles dans le ventre, du soleil dans le cœur, de l’air dans les poumons, et un peu de bonne terre au fond de l’âme.

mercredi 17 mars 2010

des petites phrases le matin

J’ai entendu des ricanements à l’évocation d’Émile Coué (oui, ce blog est équipé de capteurs sonores sensibles aux ricanements et bâillements), mais voici une preuve, s’il en fallait encore, que la méthode marche. Ainsi, le Comte de Saint-Simon, chaque matin, aux jours de sa fortune, se faisait dire par son valet de chambre : « Levez-vous, monsieur le Comte, vous avez de grandes choses à faire ». Et qu’est-ce qu’il a fait le garçon ? Rien moins que le saint-simonisme, précurseur du socialisme (avec des copains), et aussi du féminisme (avec des copines).

lundi 15 mars 2010

incroyables choses très ordinaires

Comment se fait-il que nous prêtions réellement si peu d'attention à toutes ces choses que nous avons sous les yeux ? J'ai choisi ces fleurs bleues, mais j'avais le choix entre des milliers d'autres choses, papillons ou poissons, feuilles ou nuages, toutes aussi incroyables pour peu qu'on s'y attarde un instant. Je vois bien qu'il faut que je vous les mette sous le nez, sous le mien également (je fais partie du lot humain), pour que soudain... mais c'est trop de beauté inexplicable, nous serions tétanisés et improductifs si nous nous rendions vraiment vraiment compte. Vite, nous divertir de tout cela !

samedi 13 mars 2010

vertige de la sérendipité

Je suis tombée sur ce mot, déjà croisé quelque fois : sérendipité. D'un bon pas, je me dirigeai alors vers l'encyclopédie wikinétienne, histoire de me rafraîchir la mémoire. Ah oui, qu'est-ce que c'est déjà sérendipité ? Je chancelai. Sa définition, c'est un beau roman, c'est une belle histoire. On peut y passer des jours, j'y ai juste consacré quelques minutes, et je sentai déjà que quelque chose approchait. Quoi ? Je ne sais... En voici un petit éxtrait ravissant : "Bien souvent la sérendipité est donnée comme synonyme de la chance, de fortuité, de coïncidence ou de hasard. Par exemple, Ambroise Paré médecin de guerre des troupes françaises au XVIe siècle, s'aperçoit durant le siège de Turin que les blessés par les coups de feu se rétablissent mieux lorsqu'on ne verse pas sur la plaie de l'huile de sureau ébouillantée. Or cette pratique était celle qui était préconisée jusqu'alors. Et cette découverte, il l'a faite précisément parce qu'il était à court d'huile de sureau. Mais, associer la sérendipité au hasard ou à la surprise n'apporte rien à sa compréhension, sinon son côté pittoresque." Je vous invite à visiter ce mot, ça vaut à mon avis largement un grand voyage en Patagonie.

mercredi 10 mars 2010

sondage exclusif : la vie l'emporte

Voici enfin les résultats du sondage réalisé sur ce site du 1er au 10 janvier 2010. To be or not be, telle était la question posée : il s'agissait bel et bien de sonder votre âme, de vous poser un ultimatum, et conscient de cet enjeu vous fûtes trois mille en arrivant au port, révélant bravement et d'un clic votre préférence entre les quatre propositions. La majorité se prononça pour To be (38%), suivie de près par les adeptes de Toutou Toby (33 %). Loin derrière et ex-aequo : 14 % favorables à Not to be, et un pourcentage identique à Tout pour bibi. Ce sondage révèle en vérité un profond mystère : le total des pourcentages calculés informatiquement par la machine s'élève à 99 %. La part de l'inconnu, 1%, un infime, juste une faille.

samedi 6 mars 2010

un titre ne suffit pas à donner la raison

Alors que la psychiatrie se préoccupe de découvrir pourquoi certains individus deviennent fous, la question vraie serait de découvrir pourquoi la plupart d'entre eux ne le deviennent pas. Étant donné la position de l'homme dans le monde, son aliénation, sa solitude, son impuissance et la conscience qu'il en a, on pourrait s'attendre à ce que le poids de ce fardeau soit trop lourd pour lui et que, sous une telle pression, il éclate littéralement "en pièces et morceaux". (Eric Fromm. Bouddhisme Zen et psychanalyse, PUF 1971).

jeudi 4 mars 2010

interlude à l'Émile au chapeau

Je vous propose un petit jeu. Qui est donc ce monsieur ? Célèbre bien sûr. Voilà une allure qui fleure bon son XIXe siècle, n'est-ce pas ? Une piste ? Il était pharmacien. Dans son regard affirmé vous trouverez un autre indice. Derrière son oreille droite aussi, mais c'est pour ceux qui ont un ordinateur recto-verso. Et je vous dis son prénom : Émile il s'appelle. Allez, j'attends les propositions. Il y a des choses merveilleuses à gagner.

mardi 2 mars 2010

une goutte d'eau, seule, dans la rivière

Hokoji demanda à Baso Do-ichi : "Qui est celui qui se tient solitaire, sans un seul compagnon parmi les dix mille choses ?" et Baso répondit : "Je vous le dirai après que vous aurez avalé d'une gorgée la rivière de l'Ouest". Comme ce blog est majoritairement lu par une foule d'occidentaux, ajoutons un brin d'explication : il est aussi impossible de se tenir seul au monde que de boire une rivière d'un coup. Nous sommes tous pris dans une seule trame mystérieuse.