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lundi 12 juillet 2010


... "les conditions d'une vie artistiquement créative sont si ardues, qu'on ne peut les comparer qu'aux devoirs d'un soldat en temps de guerre." Comme l'avait dit Kierkegaard, un artiste est "un soldat à la frontière", qui lutte jour et nuit "non contre les Tartares et les Scythes, mais contre les hordes sauvages d'une mélancolie essentielle."

Cité par Pietro Citati dans La mort du papillon : Zelda et Scott Fitzgerald, Gallimard Folio.

dimanche 24 janvier 2010

par télégramme, les pensées de mon âme

Cliquez sur l'image pour lire le texte de la carte.
Il est un créneau que l'administration postale a malheureusement laissé tomber et dont témoigne cet incroyable document photographique. En effet, il était possible avant la Seconde Guerre mondiale, d'envoyer par télégramme — un bleu, comme on disait fort joliment — carrément toutes les pensées de son âme. Je crois que cela fonctionnait à la manière de ces papiers japonais qui se déploient quand on les met dans un verre d'eau. Il paraît que certains utilisaient ce système pour eux-mêmes, s'envoyant régulièrement un télégramme pour y voir plus clair dans leurs pensées. La guerre a hélas fait disparaître trop de moustachus, pièces maîtresses sur lesquelles reposait ce délicat service.

samedi 19 décembre 2009

Charles : sa crème sucrée, ses petits pâtés

Une de mes grandes joies de lecture, je la dois à Charles Fourier, mon chouchou par delà les siècles. Pour être juste, je devrais dire mon chou tout court, puisqu'on lui doit la merveilleuse idée de la bataille gastronomique à base de crèmes sucrées. Il n'ose pas la crème fouettée, trop de violence, trop de malheur. Mais ne vous méprenez pas : Charles Fourier est très sérieux, et c'est ainsi qu'on l'aime. Dans l'utopique Harmonie imaginée par ce "rêveur sublime", la guerre se fait uniquement au palais. Et de préconiser particulièrement les petits pâtés. Je choisis ce mets, écrit-il, étant fondé à reprocher aux civilisés leur impéritie en ce genre ; je les aime beaucoup et suis obligé de m'en priver faute de pouvoir les digérer, ce qui n'arriverait pas si nos cuisiniers savaient les composer pour divers tempéraments, y faire intervenir dans certaines espèces des aromates et vinaigres favorables à tous genres d'estomacs. C'est là que roule le débat en harmonie. Il faut que les armées belligérantes luttent à qui produira la meilleure série de pâtés assortis pour une gamme de douze tempéraments et le pivot, afin que chacun soit pourvu de l'espèce qu'il peut facilement digérer". Charles Fourier a l'art de me laisser baba. Il cherche à organiser le réel pile poil aux petits oignons, déclinant méthodiquement toutes les variantes qui s'ajusteront le plus correctement à la diversité des individus. Je ne vous raconte pas tout le plan de bataille, minitieusement décrit, vous pouvez le lire dans Des harmonies polygames en amour chez Rivages Poche.

mardi 8 décembre 2009

Comme Fabrice à Waterloo

Je suis passée sur mon blog au moment où le compteur marquait 1914 passages sur la page d'accueil. Comme je ne peux voir ce chiffre sans penser à la guerre, je me suis dépêchée de passer quatre fois de plus, pour arriver bien vite à 1918. Je n'en suis pas fière, à peine soulagée; ça ne fait ni remonter dans le temps ni réécrire l'histoire. J'avais dû passer 1515 sans même m'en rendre compte. Comme Fabrice à Waterloo, 1815 aussi. C'est comme ça qu'on apprend l'histoire à l'école, des dates, des chiffres. Il faut du temps pour mettre de la chair à tout cela, de la chair à canon. Quant à mettre un visage...