dimanche 30 décembre 2012

un dimanche en particulier









































Après le déjeuner — traditionnel couscous de Noël —nous avons fait une promenade au bord de la rivière, et dans le jardin, où la monnaie du pape déchirée et en berne resplendissait au soleil. Puis nous avons salué les ânes. Pas les poules, récemment croquées par le renard.        Puis Geneviève nous a offert Petite japonaise.









dimanche 23 décembre 2012

Le Jour a du mal à se lever

Le Jour a du mal à se lever, me dit ce matin la dame brune de la brûlerie. Il faisait en effet encore bien sombre à 8h30 passées, en raison des gros nuages pluvieux qui surplombaient la ville. J'ai eu de la peine pour Le Jour, dont j'ai imaginé la fatigue. Depuis le temps qu'il se lève tous les jours à l'aube ! Mais la raison a vite pris le dessus, me rappelant la rotation de la terre sur elle-même et autour du soleil, et tout le Tintouin... Au fur et à mesure, Le Jour perdait en existence. Mais je n'ai pas réussi à les éliminer complètement, Le Jour et sa peine à se lever.



Tableau de William Turner



mardi 18 décembre 2012

le grand pavot du monde

L'homme qui penche est le très beau journal de Thierry Metz, résultant de deux séjours volontaires dans un hôpital psychiatrique, deux ultimes tentatives pour se redresser, quelques semaines avant de cesser d'écrire et de choisir de disparaître en avril 1997. J'aime particulièrement le morceau 56, écrit au Centre hospitalier de Cadillac, en Gironde, début 1997 : 
On se croirait parfois assis dans une charrette, dans la campagne, un jour de moisson. Le soleil nous chauffe et même Claude s'est assoupi contre une épaule. Ça sent bon. On cahote sur le chemin de terre et pas une maison, nulle part.
On regarde le grand pavot du monde — très rouge.
Personne ne discute. Le cheval avance lentement. Il ne manque que du vin blanc. Et l'itinéraire.

mardi 11 décembre 2012

stylo, stylo

Quelques jours après avoir évoqué comment, petite, je tentai d'obtenir avec mon pied de je ne sais quelle puissance céleste un piano, je découvris dans Mes dernières années d'Osamu Dazai cette autre méthode de réalisation de souhait : "Mon père était un personnage extrêmement occupé, il était très peu à la maison. Et même quand il y était, il ne consacrait pas de temps à ses enfants. J'avais peur de lui. J'avais eu envie d'un stylo, et je n'osai pas le lui demander. Je ressassai longuement ce problème. Finalement, un soir, couché dans mon lit, les yeux clos, je fis semblant de parler en dormant : "Stylo, stylo", appelai-je faiblement, en direction de la pièce voisine où mon père et des invités discutaient. Mais, bien entendu, mes efforts ne semblèrent atteindre ni les oreilles ni le coeur de mon père."


Osamu Dazai

samedi 8 décembre 2012

ça passe plus vite

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Martine a dit : "Comme ça, ça passe plus vite". Elle voulait parler des occupations qu'il fallait trouver pour ne pas rester chez soi à tourner en rond. Une fois que le ménage est fait, que faire ? Les enfants sont partis, elle ne salit pas beaucoup. J'ai bien vu que la vie en elle-même était un pensum qui devait passer plus vite. Son regard était triste malgré une ébauche de sourire. Je n'ai pas su répondre. Je la fixai les yeux grands ouverts en essayant de décoller pour elle le "ça" qui recouvrait la chair palpitante de la vie, mais je ne savais comment m'y prendre.
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lundi 3 décembre 2012

quand ça pousse


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"Chaque fois que l'angoisse arrive, je la mets dans une valise que je glisse sous mon lit. De temps en temps je tire la valise, je la mets sur le lit, je l'ouvre : elle ne contient rien, ou bien un lumineux petit arbre fruitier." 

[Christian Bobin : Un assassin blanc comme neige, Gallimard 2011]

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samedi 24 novembre 2012

avec mon pied


Quand j'ai vu ce garçonnet qui marchait d'une drôle de façon, j'ai repensé au nombre de fois où je marchai en essayant d'écrire le mot "p i a n o" avec mon pied droit.
Je croyais qu'à force de l'écrire d'une encre invisible sur le sol, j'allais finir par obtenir ce fichu instrument. Je persévérai longtemps et un jour, comme une bonne occasion se présentait, ma mère m'offrit un piano. Hélas, c'était un vieux bastringue, et je regrettai de ne pas avoir précisé avec mon pied "p i a n o   a c c o r d é". On n'est jamais assez précis dans ses rêves. De toute façon, je ne crois pas avoir été assez motivée par l'étude musicale, et il me suffisait de me rêver en robe de mousseline blanche, égrenant quelques notes susceptibles de faire illusion. Quoi d'autre quand on a commencé par écrire ses rêves dans l'air ? (photo prise )

dimanche 18 novembre 2012

la fête de l'être

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Je me disais comme ça, me parlant à moi-même ce matin, qu'il faudrait peut-être instituer une fête de l'être, tout simplement. Pas du genre de la fête des mères, des grands-mères, des secrétaires, du Père Noël, du beaujolais et autres fiestas qui tirent leur tête de gondole dans les supermarchés ; il faudrait ce jour-là sans doute point de télévision, magasins fermés, et beaucoup de silence. Je sais, cela ne paraît pas très festif... Et pourtant, quelle fête nous avons tout au fond de nous, dans l'extrême nudité, recouverte par tant d'agitation fébrile !


mercredi 14 novembre 2012

avec Soutine



"Soutine ne supporte pas qu'on le regarde peindre. Un importun s'approche ? L'artiste s'empare de sa toile et la plaque sur sa poitrine afin que l'autre n'en puisse rien voir. Une attitude préjudiciable au tableau, et dévastatrice pour les vêtements". (Olivier Renault : Rouge Soutine. La Table ronde, coll. La petite vermillon, 2012) - Exposition au musée de l'Orangerie jusqu'au 21 janvier 2013.


jeudi 1 novembre 2012

samedi 27 octobre 2012

soudain

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Lorsque je suis rentrée des courses ce soir, j'ai poussé un cri de surprise, 
pendant quelques fractions de secondes, je n'ai pas compris ce qui se passait : 
juste le soleil qui éblouissait le bouquet de fleur, j'ai cru que les fleurs parlaient, 
me parlaient, et que je comprenais, nous étions très très amies.
Puis tout a disparu : mon impression, et le soleil.



lundi 22 octobre 2012

La parole à...


...Lucie, page deux-cent-quatre-vingt-six de La nuit privée d'étoiles de Thomas Merton:

« Quelle ne fut pas ma surprise, dimanche dernier, de voir la lumière du jour ! Ce fut d'abord comme une aube pâle qui perçait les pages me précédant... puis la lumière a grandi à en devenir éblouissante, et j'ai senti soudain qu'on me soulevait, ah quelle grâce me fut donnée ! Durant quelques minutes je pus contempler le monde, une figure m'apparut : elle me regardait avec attention et bienveillance. Je sentis respirer chaque lettre en moi, palpiter chaque mot sur ma peau... puis tout se voila, je glissai progressivement dans l'ombre, je sus que mon temps était révolu, j'allais demeurer — un bon moment ou pour l'éternité —à nouveau immobile dans l'obscurité »

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mardi 16 octobre 2012

quand une inquiétude passe


       Quand une inquiétude passe
       comme ombre ou lumière de nuage
       sur vos mains ou sur ce que vous faites,
       vous devez penser que quelque chose se fait en vous,
       que la vie ne vous a pas oublié
       qu’elle vous tient dans sa main à elle,
       et ne vous abandonnera pas.
       Pourquoi voulez-vous exclure de votre vie
       souffrance, inquiétude, pesante mélancolie
       dont vous ignorez l’œuvre en vous ?
                                   
                                           Rainer Maria Rilke