jeudi 30 décembre 2010

de cette sensation d'engourdissement

"Peut-être le monde nous intéressait-il lorsque nous étions enfants, mais nos parents nous ont appris comment nous y prendre. Ils avaient déjà mis au point un système pour vivre dans le monde et s'en protéger à la fois. À mesure que nous avons accepté le système nous avons perdu contact avec le monde. Nous avons perdu, il y a bien longtemps, la fraîcheur et la curiosité propres à l'enfance. Et maintenant, même si le monde est rempli d'une foule de choses, nous nous rendons compte que notre façon d'entrer en communication avec lui est quelque peu figée. La vue, l'ouïe, tous nos sens sont engourdis. Un peu comme si nous avions été drogués. La réalité du monde — l'éclat du rouge, la lumière du turquoise, la majesté du jaune et la force superbe du vert — n' a pas été vue comme il faut. Nous avons été endoctrinés ou nous nous sommes endoctrinés nous-mêmes. Cela a produit un engourdissement et, par conséquent, on ne perçoit pas le monde correctement."

mercredi 29 décembre 2010

chemin faisant, tête baissée

Sous mes pieds, le revêtement : d’abord des pavés (vieille ville), puis du macadam (rue), des pierres descellées (escalier), du goudron anthracite (avenue), des dalles grèges (terrasse), du métal rouge (escalier), les zébras du passage protégé, des lattes de bois (passerelle), des carreaux blancs non identifiés (parvis). La surface est humide ce matin, parfois givrée. Sous tout cela, de la terre, de la bonne terre meuble, incandescente en son noyau.

mardi 28 décembre 2010

un petit coucou en passant

Quelle bonne idée d'être passés ! Installez-vous, je vous apporte une tasse de thé. Vous pouvez ouvrir la fenêtre, écouter les oiseaux du jardin...

Découvrez la playlist comme dit l'oiseau avec Various

lundi 27 décembre 2010

vraiment tout un fromage, oyez

ll n'y a sans doute pas de quoi ameuter toute la population (ou alors ameuhter), mais le miracle du fromage, je ne peux pas le garder pour moi toute seule. Oyez, oyez : il a suffit de faire bouillir du bon lait cru, puis de laisser refroidir (50°), de mélanger un yaourt, de garder ensuite le tout à 25° (un radiateur complice) pendant 72 h, enfin d'égoutter dans un linge au frais pendant 24 h, pour obtenir le délicieux fromage que vous voyez là. Vraiment parfois la réalité dépasse de très loin la fiction (photo garantie sans trucage ni effets spéciaux).

samedi 25 décembre 2010

grande distribution de baguettes magiques

"Lorsque vous portez sur des situations ordinaires un regard extraordinaire, c'est comme si vous découvriez une pierre précieuse dans un tas d'ordures".
Ce regard extraordinaire est celui de l'absence d'a priori, absence de peur ou d'envie, absence de grille de lecture, absence de nomination, de conceptualisation, de vision utilitaire, absence de reconnaissance... un regard attentif, neuf et vivant. Inutile de courir chez l'ophtalmo pour faire aiguiser son regard quand c'est à soi-même qu'il faut donner rendez-vous. Le titre de ce billet était un peu attrape-nigaud, j'en conviens, il faut bien vivre avec son époque.

jeudi 23 décembre 2010

joie, équilibre et lucidité en infusions

Découvert sur le marché l'infusion Joie de vivre, très pratique, c’est vrai, à toute heure, incroyable comme on se complique la vie, comme on cherche midi à 14h quand il suffit de plonger un petit sachet de 2 centimètres carrés dans 20 centilitres d’eau chaude. La même gamme de produits propose La femme équilibre, remarquez que ce n’est pas La femme équilibrée, faut pas promettre la lune non plus. N’existe pas en version masculine, nul besoin sans doute. Enfin, le produit Lucidité, en boites de vingt infusettes, est à utiliser avec modération. Toutes ces perfections en poudre sont en vente pour 3 fois rien : là.

mercredi 22 décembre 2010

une énigme cousue de fil blanc

Ce jour-là, il avait neigé : tout était blanc, spacieux et respirable. Soudain Pooh s'était retourné et avait remarqué des traces de pas dans la neige. Cela l'inquiéta. Qui pouvait bien marcher juste derrière lui, quasiment en même temps que lui ? Piglet ne savait pas non plus, ce qu'il savait seulement c'est qu'il commençait à se geler les pattes et qu'il avait sérieusement envie d'un bol de chocolat chaud. Mais Pooh semblait si fasciné par cette énigme...

dessin de A. A. Milne

mardi 21 décembre 2010

en principe, un simple morceau de papier

Aujourd'hui mes amis, visite de la Galerie de Peacay, étage des papiers marbrés. Ne prêtez pas attention aux bruits étranges ni aux odeurs de mélange qui laisseraient supposer quelque mystérieuse vitalité, et si l'un d'entre eux fait mine de s'approcher, de vous flairer, ne bougez pas, soyez de marbre apparemment, et laisser couler tous les bleus et les ors veinés dedans.

lundi 20 décembre 2010

bons baisers d'ici

"Nous ne sommes qu'un atome de poussière au milieu de l'univers. Et, en même temps, notre situation qui ne manque ni d'espace ni de beauté, offre prise au travail."
[Chögyam Trungpa :
Le mythe de la liberté - photo futura-sciences]

vendredi 17 décembre 2010

bons baisers de mon travail

Autrefois (quelques dizaines d'années), on s'envoyait ce genre de cartes postales : les gens étaient au travail, ils avaient l'air d'être ensemble. Ce n'était pas bien joli, pas la côte d'azur avec des palmiers bien sûr, mais peut-être qu'il y avait tout de même une sorte de rêve là-dedans, ça semblait digne d'intérêt en tout cas, pas retouché avec photoshop, plutôt un bazar un peu crassouille dont on n'avait pas honte, rien que de très normal quand on met les mains à la pâte. (venez visiter l'usine ici)

samedi 11 décembre 2010

Nagasaki, qui ?

Tiré d'un fait divers, Nagasaki relate l'histoire d'un homme qui subodore que quelqu'un vit à son insu dans son domicile. Shimura-san installe une caméra de surveillance et découvre qu'il s'agit d'une femme. Il appelle alors la police...
En mon absence, il semblerait que des personnes viennent passer un moment ici. Sachez qu'il n'y a pas de caméra de surveillance, malgré la grande envie que j'aurais de vous y voir. Servez-vous largement dans le frigo, et piquez un roupillon si cela vous tente. En opérant ce parallèle, la fin de Nagasaki n'est pas sans s'avérer troublante. Nous apprenons en effet que la maison de Shimura-san se trouve être la maison d'enfance de cette femme jetée à la rue. Habiter un espace virtuel, n'est-ce pas tenter de revenir avant même la naissance, avant que nous ne fussions jetés à la rue ?

vendredi 10 décembre 2010

missions pas faciles, pas faciles du tout



Comment accepter que le monde ne tourne pas comme nous voulons ?
Comment accepter qu'autrui ne tourne pas comme nous voulons ?
Comment accepter que nous-même ne tournions pas
comme nous voulons ?
Vous le saurez en lisant
Pratique de la voie tibétaine
de Chôgyam Trungpa.

Et comment accepter que mon texte ne se place pas
élégamment à côté de la musique mission impossible ?

mardi 7 décembre 2010

quelque chose bouge dans la cour

Des jeunes gens de ma connaissance ont acheté deux magnifiques poules de Barbezieux, avec l’idée de se fournir en bons œufs frais. Ils construisirent dans le jardin de la maison un petit poulailler et regardèrent avec amour les deux gallinacées passer dans leur champ… de vision. Las, leur maison se situe au cœur d’une ville, et les voisins n’apprécient pas du tout que les belles viennent leur rendre parfois visite. Hier, les voisins courroucés sont venus sonner à la porte des jeunes gens : « Il est interdit d’avoir des poules en ville ! », menacèrent-ils.

Dans l’émission Les pieds sur terre (France Culture, 6 décembre 2010) intitulée Histoires de clochers, j’ai entendu qu’un citadin installé à la campagne se plaignait d’entendre les moutons respirer. Un paysan qui s’était fait voler trois poules déclarait : «C’est dommage, ça faisait quelque chose qui bouge dans la cour.». J'ai parfois vraiment peur que l'homme oublie ce que c'est qu'être vivant.

lundi 6 décembre 2010

dans une petite boîte

Ce n'est pas pour faire genre Cosette, mais je dois dire qu'il y avait très peu de jouets à la maison quand j'étais petite. Du coup, tout était susceptible de le devenir. Les boutons en étaient de fabuleux. Il fallait inventer la règle, qui pouvait varier à chaque partie. La règle n°1 consistait à les observer un par un : j'aurais presque pu donner un nom à chacun, et l'envie me prenait parfois d'embrasser les tout petits boutons de nacre. Quand j'allai pour la première fois au bord de la mer, je vis que le même jeu s'offrait à nous avec les galets, comme un cadeau à perte de vue. [photo piquée ]

samedi 4 décembre 2010

bergère de france

Emportée par mon élan, celui du Grand Nord, j'ai tricoté cette couverture blanche pour les prés alentour. Les moutons sont dessous, ils dorment tard. J'adore quand leurs têtes émergent soudain : de grands yeux tendres qui me demandent ce qu'il y a au petit déjeuner. [Photo Dominique Hérody]

vendredi 3 décembre 2010

une maille après l'autre, tranquillement

Larry m'a mis son tricot entre les mains. C'est Emily au départ qui lui a lancé ce défi : me faire une écharpe pour Noël. J'avais oublié ce genre d'ouvrage, me contentant depuis longtemps de vêtements et accessoires (comme on dit) manufacturés (on devrait plutôt dire "mécanofacturés"). Or, je m'aperçois que j'éprouve une vraie joie à tricoter. Cela demande une douce et chaleureuse attention, maille après maille, et à se tenir entre la tension (des mailles trop serrées feront une écharpe dure) et le relâchement (des mailles trop lâches feront une écharpe molle). Le geste est d'une merveilleuse simplicité, l'écharpe se forme instant après instant de l'entrelacement du vide et de la laine. Parfois, je pense au mouton. Pourvu qu'il n'ait pas froid, quelque part dans un champ.

jeudi 2 décembre 2010

un concours, une légende

Quand on lutte contre l'ego, il faut parfois lâcher prise dans cette lutte là aussi. Et donc me voilà à la remise du Prix Thyde Monnier. Mon ami Laurent photographe et écrivain me suggère le concours : quelle légende pour cette photographie ? Pour ma part, j'ai horreur de faire tapisserie, même en si bonne compagnie. Comme je regrette qu'on danse si peu de nos jours ! Savez-vous que c'est une des raisons de la grande dépression occidentale ? C'est beaucoup beaucoup plus important qu'on ne croit la danse. Il y a pourtant un magnifique salon avec un bon parquet à la Société des Gens de Lettres. Comme à La Casa del Tango, où de vieux argentins très chics murmurent à l'oreille de leur partenaire novice ce mystérieux message : "Oublie qué tou as des yambes".

lundi 29 novembre 2010

le petit chien est dans l'escalier

C’est en cherchant sur la toile un panneau la concierge est dans l’escalier, afin que nul ne s’inquiétât de mon absence momentanée, que je suis tombée sur cette photo. J’adore le rapport de taille entre l’animal et les marches de l’escalier, la position assise un peu de travers, le regard du chien, un peu tristoutounet, mais j’aime bien aussi la pierre, les couleurs, les formes, toute la photo, absolument toutoute la photo. N’empêche, ne perdons pas le fil, ou la laisse, de la conversation : je suis absente pour quelques jours. Facteur, laisse le courrier sur le rebord de la fenêtre, entre le géranium et la statue de la madone.

dimanche 28 novembre 2010

un émail, des mots bleus

Je ne peux plus lire le mot émail dans un texte sans que ne me vienne en premier à l'esprit le sens de : courrier électronique. Or, les mots suivants renvoient parfois à la matière, ainsi "l'émail même de la mer, qui changeait insensiblement de couleur..." [Proust], ou encore "l'émail des dents qu'il faut protéger" [mon dentiste]. Mais durant une seconde, les deux sens se rencontrent, se fondent l'un dans l'autre en suggérant quelque chose d'incompréhensible, puis chacun repart de son côté, le virtuel dans un sens, le matériel dans l'autre. Au passage, ce tour de passe-passe, ce jeu imprévu, a introduit non seulement un peu de fluidité dans mon esprit, mais aussi comme un souffle venant du large.

samedi 27 novembre 2010

un nouvel amour de cousin Douglas

Cousin Douglas et sa nouvelle compagne Christa sont de passage à la maison. Je pensais qu'une nouvelle dulcinée tirerait le cousin de sa dépression, mais elle semble plutôt l'y conforter. Après tout, pourquoi pas. Larry et moi prenons notre mal en patience, surtout à l'heure de l'apéro, quand le couple tient à nous remercier de notre hospitalité par La jeune fille et la mort. Ensuite, nous restons un long moment silencieux. J'aime Schubert, mais je suis inquiète pour cousin Douglas : il semble rétrécir à vue d'oeil.

dialogue et conversation

"Car finalement, si deux personnes entrent dans un dialogue et en sortent inchangées, on peut se demander si le "dialogue" en question n'était pas en réalité qu'une simple conversation, intéressante peut-être pendant un certain temps, mais qui a finalement laissé tout le monde indemne. Non le fruit naturel, pour ainsi dire, d'un dialogue authentique est la conversion (...) il s'agit de cette conversion intérieure qui permet à l'autre d'aller plus loin dans sa propre démarche spirituelle." [Dennis Gira, in Jésus Bouddha. Bayard 2006]. Un chemin n'est en effet pas une ligne droite, sinon c'est une autoroute. C'est triste les autoroutes, on ne voit rien du paysage et leur monotonie engourdit.

jeudi 25 novembre 2010

à la surface et entre nous quelque chose scintille

Du grain argenté a été collé sur le ruban. Ce genre de carte me trouble profondément. De même, les cartes postales de danseuses avec la jupe en vrai tissu. Peut-être le jeu entre une représentation plate, distante et "jolie" dans laquelle mon imaginaire s'engouffre un instant jusqu'à me faire disparaître, et la présence d'une matière que je touche et qui me rappelle au relief de la vie. Que ce ne soit pas une simple image, mais une carte postale participe à cet émoi. Et cette question : les oiseaux voient-ils le ruban ?

mardi 23 novembre 2010

des chiffres et des hommes

Il existe un site qui pourrait s'appeler letournis.com mais qui répond au très sérieux nom (car nous vivons dans un monde très sérieux, ne l'oublions pas) de worldometers. Il diffuse des statistiques mondiales en temps réel. Il me semble très incomplet. Je vous propose de m'aider à répertorier quelques données importantes : nombre de dents transformées en cadeaux par la petite souris, nombre de larmes versées, nombre de pots cassés à payer, nombre de blagues inventées, nombre de Je t'aime murmurés... Je vous invite à y réfléchir (nombre de neurones grillés). (photo trouvée )

dimanche 21 novembre 2010

quelques minutes avant l'exécution

Les arbres sont des êtres vivants. Homme à la tronçonneuse, écoute moi un instant. Avant l'éxécution, je t'en prie, pose ton instrument. Regarde bien l'arbre, son majestueux élancement, le délicat dessin de ses branches, sa frondaison accueillante dans laquelle les oiseaux nichent leurs petits. Touche l'écorce : des insectes y ont établi leur logis, et vaquent à leurs paisibles occupations. De l'ombre qu'il te procurait, il pensait te faire un cadeau, et son tronc aimait toucher ton dos. Que diras-tu à la rivière ? Sa veuve dans son miroir pleure cet affreux départ. (photo trouvée )

vendredi 19 novembre 2010

tu m'as fait tourner la tête, petit piaf

Merci d'avoir chanté à tue-tête tandis que je remontais l'avenue sombre et froide, d'avoir couvert le bruit des voitures, de m'avoir fait lever la tête, vers la lune voilée de brume.

jeudi 18 novembre 2010

amour flou de la réalité

Il me semble que le monde est beaucoup plus vaste que ce que nous en comprenons. Derrière quelles fichues grilles nous laissons-nous enfermer ? Ainsi, nous vivons le flou comme un amoindrissement de la perception, quand il est simplement une autre perception, une sorte de délicieux fondu enchainé de la réalité, un monde tendre et amical de confusion, qui nous fait signe, et que nous ignorons. (photo trouvée là)

mercredi 17 novembre 2010

conquête de l'espace (intérieur)

Conversation de trois moines zen
Le premier dit : - Le drapeau bouge...
Le second : - Non, c'est le vent qui bouge.
Le troisième : - Amis, c'est notre esprit qui bouge.

lundi 15 novembre 2010

hommage tardif à Henri

Le moine Henri de Lausanne est pourchassé pour hérésie en 1116, au Mans, pour avoir déclaré que l’union matrimoniale doit être libérée de toute considération économique, d’intérêt et qu’elle doit être un consentement mutuel. [Serge Chaumier : La déliaison amoureuse. Armand Colin, 1999]

dimanche 14 novembre 2010

mauvais temps pour la pluie

Encore une fois entendre la radio annoncer un mauvais temps pour la journée. J'éteins le poste. S'élève une chanson douce, un mouvement qui joue piano ses gouttes d'eau... Enfants, venez voir, il tombe quelque chose du ciel ! Dans le jardin, les fleurs avaient si soif. Sur la fenêtre la pluie ruisselle. Mais qui joue de ce violoncelle ? Ouvrez les yeux, les oreilles, le coeur et les parapluies ! Fichtre, comme le siècle et les médias manquent de joie et de poésie.

samedi 13 novembre 2010

c'était hier

Pour l'anniversaire de Larry, j'ai fait les choses en grand, un projet original que j'avais préparé aussi discrètement que possible, avec l'aide du copain Ferdinand. Le jour J, nous sommes tous montés à bord. L'erreur fatale a consisté à vouloir tout de suite utiliser la friteuse que j'avais achetée à Larry parce qu'il en rêvait depuis si longtemps. Je sens que la presse, qui préfère les mythes aux frites, va passer sous silence l'origine de l'incendie qui a détruit ce beau zeppelin. Le destin, et c'est tant mieux, n'est pas toujours dirigeable.

dimanche 7 novembre 2010

autres feuilles d'automne

La Société des gens de lettres a décerné, parmi ses prix de l'automne, le Prix Thyde Monnier aux Coeurs fragiles. Thyde Monnier, de son vrai prénom Mathilde, est cette femme qui couche ici ses écrits dans son grand cahier. Elle fut écrivain, auteure entre autres de Nans le berger, féministe, et mourut en 1967. Mathilde, êtes-vous d'accord avec le jury ? Si vous voulez bien, je fais un petit saut pendant votre grand sommeil pour vous lire une des nouvelles du recueil intitulée : "Une nuit agitée"...

jeudi 4 novembre 2010

c'est comme dans un western

Je viens de prendre mon tour de garde. Rien ne bouge, pas une feuille d'arbre, ni une jaune, ni une rouge, ni une vert foncé, ni une marron claire : je les ai toutes à l'œil. Le fleuve coule à peine, lent et lourd, l'air est immobile. La température est encore montée d'un cran. Les derniers migrateurs sont passés dans le ciel, filant droit devant à tire-d'aile. Je suis aux aguets dans le calme étrange de cet été indien. J'ai l'impression que les cowboys ne vont pas tarder à attaquer.

mercredi 27 octobre 2010

ne manquez pas

Étant parvenue, contre vents et marées, à me procurer une entrée — "Tout est complet" m'avait-on répondu au téléphone—, j'ai pu assister aujourd'hui au spectacle Matin d’automne, un grand moment dont la critique s’était à juste titre fait écho avec enthousiasme : tandis que sous un soleil lointain mais caressant la brume s’élevait dessus les eaux tranquilles de la Charente, un cygne d’un blanc immaculé en descendait majestueusement le cours (j’étais bien placée, en balcon : j’y avais mis le prix). La frondaison des arbres formait des camaïeux miraculeux. Bravo le metteur en scène, bravo les interprètes, bravo les techniciens. Si le spectacle tourne dans votre région, ne manquez pas. La photo ci-jointe, issue du dossier de presse, ne rend pas bien compte de la réalité.

mardi 26 octobre 2010

des choses précieuses




Laissée par le voleur,
la lune par la fenêtre
.






le poème : Ryôkan
l'estampe : Shiro Kasamatsu
la lune : la lune

lundi 25 octobre 2010

chouchou est revenu

Les gens sont d'une gentillesse qu'on n'imagine même pas. Cela faisait trois mois que chouchou, mon hippocampe, avait disparu lors d'une promenade vespérale au plan d'eau de Saint-Yrieix... Un pêcheur vient de me le rapporter à l'instant ! Quel bonheur de partager à nouveau avec vous sa tranquille majesté et sa timidité coquine.Chouchou a tout de suite remis son disque préféré ; je ne l'aime pas trop, mais je ne vais quand même pas le brimer le jour de son retour... !

samedi 23 octobre 2010

"dites, vous avez vu que… ? "

Sur le parking du grand magasin, le visage de la dame qui me posait cette question sans complément d’objet était rouge et courroucé. Je me tournai vers l’innommable. Mon caddy avait tranquillement dérivé contre le flanc de sa voiture, garée à quelques centimètres de la mienne. Je bredouillai un pardon tout en décollant mon panier à roulettes de sa barquette à roues. Quelle bévue ! Je savais que les câlins et bisous entre enfants étaient interdits dans les cours de récréation, mais je ne savais pas qu’ils l’étaient désormais entre objets sur les parkings. That's life !

vendredi 22 octobre 2010

qu'est-ce que l'amour ?



Len Lye est connu pour avoir réalisé le premier film dessiné à la main directement sur celluloid dès 1921. Le film ci-dessus date de 1935. A l'époque, la recherche en amour en était encore à ses balbutiements.Néanmoins, l'observation au micro-kaléidoscope d'un amour en plein boum est intéressante.

jeudi 21 octobre 2010

histoire improbable mais vraie

De passage à Paris, un tahitien qui se rendait à Vienne acheta, hier, l'unique exemplaire des Coeurs fragiles de la fenac Saint-Lazare. Cet homme remarquable habite une contrée assez miraculeuse, qui répond au merveilleux nom de Coucouville les Nuées.

mercredi 20 octobre 2010

migrations des lutins de la forêt

Suite à la curiosité générée par le billet précédent, il me faut préciser que les lutins de la forêt ne se trouvent pas dans toutes les forêts. On en relève la trace du côté de Madagascar en 1931, où ils façonnaient déjà leurs petites galettes qui captent et conservent les voix. Grâce à la Bibliothèque nationale de France qui, comme ma grand-mère, garde tout, vous pouvez verser dans vos oreilles des chants de marche ou des chants d'amour, des chants de guerre ou des chants pour guérir un malade selon vos préoccupations du moment.

mardi 19 octobre 2010

au creux de votre oreille


Matthieu Ricard était l'invité d'Hors Champ, l'émission de Laure Adler sur France Culture le 18 octobre 2010. La technologie est magique : grâce à elle, les paroles de Matthieu peuvent se glisser dans votre oreille en cliquant ici. Moine bouddhiste, Matthieu Ricard est aussi photographe. Il donne un éclairage sur le monde. À celles et ceux qui sont assez sages (laissé à mon appréciation), j'envoie les paroles de Matthieu recueillies dans un petit disque plat de couleur argenté avec un trou noir au milieu (une méthode secrète qui m'a été enseignée par des lutins dans la forêt)

dimanche 17 octobre 2010

la Nasa, L'Escampette et moi

Cette semaine sort en librairie un recueil de nouvelles, dont on devine ici la couverture. Cet ouvrage a la caractéristique d'être en permanence entouré d'un léger brouillard, c'est à cela que vous le reconnaîtrez dans les rayons, si vous êtes un peu attentif et si vous enlevez vos lunettes de soleil. Ce procédé technique expérimental a été découvert par la Nasa, et mon nouveau livre a été choisi pour le tester à petite échelle, j'en suis très honorée. À quoi sert cette expérience ? La Nasa est bien mystérieuse, savez-vous ?

mercredi 13 octobre 2010

à chaque seconde

La vie est un fort beau cadeau,
un don inestimable
et nous devons la vivre intensémen
t”


Entretiens sur la poésie, M.Darwich,
Actes Sud, 2006.
Festival Passeurs de mondes
du 13 au 22 octobre en Poitou-Charentes.

mardi 12 octobre 2010

le regard qui porte loin en dedans

"La plupart des gens pensent qu'une religion est l'appartenance d'un groupe social à un système de croyances. En réalité, chaque individu a sa propre religion. La religion, c'est la tranquillité d'esprit que l'on éprouve quand on est véritablement soi-même. Elle structure notre vie quotidienne, mais on ne peut l'expliquer ni la montrer à personne. Je pense que la religion est une sécurité cachée au tréfonds de soi-même, différente pour chacun et qui permet de tenir la route sans l'aide de personne. À cette question, Dôgen répondait : "C'est l'essence de nous-mêmes qui nous habite". Je pense aussi que la religion est la vraie réalité qui demeure en nous." [Kôdo Sawaki : Le chant de l'éveil.]

jeudi 7 octobre 2010

les mots : des allumettes ?

"Écrirait-on indéfiniment le mot feu , même en style gothique, que l'on n'obtiendrait jamais de flamme"
[Kôdô Sawaki :
Le chant de l'éveil]
Sur le papier, comme cela seul était possible à l'époque de Kôdô Kawaki, nul doute. Avec l'avènement du virtuel, une nuance s'est introduite. Clique-t-on sur le mot feu que l'on obtient une illusion de feu... mais toujours pas le feu. Votre ordinateur ne produira jamais les braises où cuire vos pommes de terre.
Dans mon enfance, j'ai maintes fois entendu le conte terriblement dramatique de La petite marchande d'allumettes écrit par Andersen. Certes point de flammes, mais de réelles larmes ... Mes allumettes, achetez mes allumettes ! D'où ma proposition : Écrirait-on indéfiniment le mot feu, même en style gothique, qu'on risquerait de n'obtenir que de l'eau.


lundi 4 octobre 2010

mardi 28 septembre 2010

voilà le grand secret

"Montparnasse était une tour de Babel édifiée sous l’empire d’une vision collective, durable et tout à fait insolite de la vie.[…] Des affranchis, voilà le terme exact. Des philosophes communiant dans une même disponibilité, une même sensation d’émerveillement devant la découverte que tous ils avaient faite et qui, l’un après l’autre, les acheminait, les guidait vers ce paradis à défricher, cette nouvelle terre promise ; devant cette découverte que la vie est inexprimablement simple, non pas élémentaire mais tout à coup miraculeusement limpide. Chacun de ces hommes venus des quatre coins du monde avait eu ce jour-là la même vision — sans effort, sans qu’il y soit préparé, la vie lui était apparue nue et cette révélation l’avait à tout jamais transformé, donnant à sa sensibilité, à son intelligence une orientation nouvelle. Et qu’est-ce que la vie nue ? Bien sûr la vie non habillée, nette de tout maquillage, de toute déformation, non pas moins captivante ou moins dramatique mais à l’état brut, absolument différente et je dis bien simple, d’une simplicité aveuglante, presque insoutenable. Voilà le grand secret… […] Je portais autour de moi les yeux […] L’homme se tenait à une distance incommensurable de lui-même et passait toute son existence à effacer jusqu’aux moindres traces du chemin qui l’aurait mené à la vérité. Toute cette peine qu’il se donnait, ce sérieux surtout qu’il mettait à remplir les jours, les heures, les minutes qui le séparaient de la mort de la même manière qu’un enfant remplit une page de jambages et de bâtons, cette impossibilité où il était de s’arrêter, de se voir, de se voir non pas métaphysiquement, avec le microscope de la conscience mais comme il voyait, comme il regardait une fleur, un oiseau qui vole, l’eau courante d’une rivière ; cet arsenal de lois qu’il portait avec lui et dont il s’affublait, cette fatale dépendance à l’égard de l’habitude, ce pas d’esclave, cette peur qu’il nommait raison, ce souci de la possession, cette crainte du jugement d’autrui, cet inlassable calcul, tout cela c’était l’homme et ce n’était pas lui."
Pierre Minet. La défaite (Allia)